
J’aime Rakushun. Sa fourrure douce de souris, ses moustaches qui vibrent dans le vent, sa gentillesse désintéressée, sa façon de se tenir toujours en retrait par politesse et son intelligence vive pour un jeune garçon. Oui, chers lecteurs, Rakushun est le Hanjuu, un être mi-humain, mi-animal, personnage des 12 royaumes qui orne de sa bouille enfantine (mais peut-on parler d’une “bouille enfantine” pour un rat géant?) ma bannière de blogue. Et si il existait en vrai, je lui aurais déjà sauté dessus.

Après cet incipit complètement gâteux de fangirl obsédée, essayons donc de parler de la saga des 12 royaumes (en japonais Juuni Kokuki, ou plus couramment Juuni Kokki) dans sa globalité en conservant un brin d’objectivité et de sens critique. Vu le début, ça va être dur, mais qu’importe.
Yôko et l’univers des 12 royaumes sont nés de l’imagination fertile d’une auteur de romans japonaise, Fuyumi Ono, qui a écrit 8 romans dont 7 directement liés au monde parallèle des 12 royaumes et une préquelle, Masou no ko. Ils ont heureusement tous été traduits en français chez Milan, dans la collection jeunesse.

-1991 : Mashou no Ko, pas directement lié à la série principale, qui a pour sujet un jeune garçon apparemment protégé par des esprits maléfiques dans un Japon contemporain, seule partie non traduite en français. C’est le roman “zéro”.
-1992 : La mer de l’ombre (Tsuki no kage, Kage no umi)
-1993 : Le rivage du labyrinthe (Kaze no Umi, Meikyuu no Kishi)
-1994 : La majesté des mers (Higashi no Wadatsumi, Nishi no Soukai)
-1994 : Le vent de l’infini (Kaze no Banri, Reimei no Sora)
-1996 : Les ailes du destin (Tonan no Tsubasa)
-2001 : Les rives du crépuscule (Tasogare no Kishi, Akatsuki no Sora)
-2001 : Le royaume de l’idéal (Kasho no Yume)
Jetez-vous dessus, ils sont sympas à lire. Les illustrations des couvertures et d’intérieur des romans ont été conservées, tant mieux pour nos mirettes : elles sont signées Akihiro Yamada, illustrateur que j’aime beaucoup, même si il n’aurait jamais dû s’essayer au manga, enfin c’est mon avis personnel.

Pour décrire l’histoire, rien de tel qu’une bonne interview! (comment ça j’ai piqué le procédé sur un autre blogue? Même po vrai d’abord.)
“Bon, c’est bien gentil tout ça, mais de quoi ils causent les romans? Pour le savoir, passons la parole à Yoko Nakajima, héroïne de cette histoire, et à ses amis sympathiques, parce que ça me casse les couilles de faire le résumé d’une histoire si compliquée… (*rire indétermié sur la droite et grésillement du micro*)
“Enki, arrête de faire le pitre et rends-moi le micro! Revieeeeeens! (*bruit d’un truc qui se casse, d’une épée qu’on sort de son fourreau et grésillements divers*)
Shoryu (* prend le micro et regarde Enki par terre qui se masse le crâne*) : Non mais, c’est un kirin, ça? Il a bien mérité sa baffe. (*se retourne avec un sourire charmeur en coin*) Bon, alors, ravi de me présenter, je m’appelle Enho, mais vous pouvez m’appeler Shoryu ; maintenant que vous avez présenté nos livres, je pense que nous sommes assez intimes pour que je vous livre mon petit nom. Un petit verre, ça vous dit? Je connais un bon bar, dans ma capitale…
Enki en fond : Alcoolique!
Ahem, je ne voudrais pas vous déranger en pleine bagarre, mon roi, mais apparemment Yoko s’impatiente, vous devriez lui laisser la parole….
Yoko : Pfff. Bonjour, je m’appelle Yoko Nakajima, mais vous pouvez m’appeler Sekishi. Ne faites pas attention à Shoryu, il aime bien boire et plaisanter. Pour reprendre le fil de la discussion, au début du premier livre de la saga, je suis encore une lycéenne japonaise un peu culcul, qui n’a aucune personnalité et qui cherche à plaire tant à ses parents qu’à des pseudo-amies de son lycée de filles.
Vous êtes un peu dure…
Yoko : Et pourtant, c’est la vérité, je ne m’en suis jamais cachée dans les romans suivants, allez relire Le vent de l’infini si vous ne me croyez pas… Et puis un jour, Keiki est arrivé, toujours aussi guindé et au balai là où je pense (*toux gênée sur la gauche*), qui m’a fait faire une promesse de loyauté. Puis il déclenche un gigantesque shoku (un portail dimensionnel) – quel abruti pour avoir entraîné autant de problèmes, je dois dire – qui m’amène directement dans le monde des 12 royaumes. Une fois là-bas, on se fait attaquer et je le perds de vue. Je me retrouve donc toute seule, sans vivres ni eau, ne sachant pas où je suis ni où aller, juste avec une épée et l’esprit de sa lame qui m’en fait voir de toutes les couleurs et je me fais attaquer de partout par de gros monstres… Heureusement que je rencontre Rakushun au bout d’un moment, sinon je n’aurais jamais survécu toute seule dans un milieu aussi étrange et hostile!
Rakushun qui tremble des moustaches : Ravi de faire votre connaissance. A mon avis, Yoko dit des choses inconsidérées. C’était mon devoir de sauver toute créature vivante en difficulté que je trouve sur mon chemin.
Yoko : Enfin bref, par la suite je me fais aider par Shoryu et Enki ici présents, je chasse l’usurpatrice et mon voisin, le roi de Ko qui m’envoyait des monstres et je m’asseois enfin sur le trône du royaume de Kei, tout à la fin du premier roman. Mais si seulement Keiki m’avait dit qu’il était kirin, j’aurais eu moins d’emmerdes!
Kirin?
Enki : Je vais répondre à la place de Yoko et Keiki, puisque Keiki ne veut visiblement pas en parler. Un kirin, c’est l’animal sacré qui désigne le roi. Il a une forme humaine et une forme animale que vous appelleriez, par chez vous au pays de Wa, le Japon, une licorne. Mais bon, après la nomination du roi, c’est le rôle du kirin de lui obéir, l’aider et l’assister dans la gestion du royaume, sinon si le roi s’égare et perd le mandat du Ciel, le kirin tombe malade et meurt en même temps que le roi. Parce qu’en fait, dans le monde des 12 royaumes, c’est l’empereur céleste, créateur du monde tel qu’il est maintenant, qui désigne le roi par l’intermédiaire du kirin et charge le roi de bien guider le peuple de son royaume. (*il désigne Shoryu*) C’est un peu triste à dire, mais ce mec-là et moi sommes liés pour l’éternité. J’aurais dû choisir quelqu’un d’autre, il est parfois vraiment lourd quand il boit….
Shoryu : (*frappe Enki sur le côté du crâne*) : La ferme, gamin! Enki a de la chance d’être avec moi (*gémissement indigné d’Enki*) parce que le royaume de Tai a récemment perdu son kirin et le roi a disparu.
Enki : ne dévoile pas toute l’intrigue du deuxième roman, espèce d’idiot! Et quitte à parler de romans, on voit tes débuts vraiment pas glorieux dans le troisième, hein. Tu m’as vraiment fait honte à cette époque-là….
Shoryu : Tu n’est pas tout blanc non plus,tu sais. La naïveté est parfois mignonne aussi (*Enki boude*). J’apprécie par contre les débuts de Yoko, c’est vraiment digne d’une fille à la poigne de fer, elle a fait pâlir nombre de guerriers masculins par son courage et sa combativité! Lisez tous le quatrième roman!
C’est aussi mon préféré…
Shoryu : haha, vous avez bon goût. Mais je voyais régulièrement Rakushun, il n’en menait pas large, le pauvre… (*Rakushun rougit*)
Shusho : Hohoho! (*rit avec sa main devant la bouche*)
Shoryu et Enki, effrayés : Ah non, pas elle!
Shusho : vous avez l’air ravis de me voir, que cela fait plaisir. Moi, reine de Kyo et plus jeune reine des 12 royaumes, suis enchantée d’être venue pour présenter Les ailes du destin, qui est le meilleur roman de la série.
Enki : Evidemment, tu es dessus!
Shusho : ce que tu es susceptible! Et en plus, tu es plus petit que moi! Gamin! Kirin raté!
(*Enki et Shusho se regardent méchamment en s’insultant poliment alors que Rakushun essaie de les séparer, Kyoki est tout gêné, Yoko se bouche les oreilles, Keiki fait mine de fuir et Shoryu débouche une bouteille de saké en rigolant*)
Bon, je crois que sera tout pour aujourd’hui! C’était Bridget Jones, à vous les studios!”

Après l’interview assez partielle et partiale des personnages du roman (si vous avez tout compris, vous êtes assez forts), passons donc à l’anime qui en est adapté, sorti en France chez Kaze à des prix assez prohibitifs (60 euros pour 13 épisodes alors que la série en compte 40, je trouve que c’est limite de l’arnaque mais bon), mais la série vaut vraiment le coup.
Comme on pouvait s’y attendre, l’anime est un peu différent de l’œuvre originale. Déjà, la série comprend seulement quatre arcs, qui reprennent les romans suivants : La mer de l’ombre (1er roman) pour le premier arc, Le rivage du labyrinthe (2ème roman) et je suppose un peu de Mashou no ko pour le second arc, le troisième arc reprend intégralement Le vent de l’infini (le 4ème roman, mon préféré) et le quatrième arc reprend un bout de La majesté des mers (le 3ème roman). Elle se permet des digressions pour faire allusion aux romans qui n’ont pas été adaptés, et deux personnages ont été ajoutés au début du premier arc : un ami d’enfance de Yoko et une fille de sa classe. Ces deux personnages prendront de l’importance dans la suite de l’histoire dans le monde des 12 royaumes, dans les arcs concernant Yoko et font légèrement diverger le récit. A cet égard, les sept premiers épisodes de la série sont tout simplement sublimes par rapport à leur équivalent papier, car les deux personnages rajoutés sont loin d’être des potiches et renforcent l’intérêt dramatique.
Néanmoins, la série animée conserve une grosse majorité de la série de romans. L’histoire est toujours aussi géniale, que ce soit en bouquin ou en anime, même si j’ai une grosse préférence pour l’anime notamment à cause des doubleurs… En VO, la voix de l’esprit-singe de l’épée de Yoko est tout simplement à tomber par terre tellement elle est géniale et perverse ; celle de Rakushun est trop mignonne et la doubleuse de Yoko s’est vraiment surpassée pour arriver à changer autant de timbre de voix depuis le début de l’anime, en passant par divers états paranoïaques de l’héroïne.
De plus, l’ambiance chinoise de la série originale est parfaitement respectée : les habits, bâtiments, paysages font penser à la campagne et à la ville chinoise traditionnelle. Cet aspect chinoisant est mis en valeur par la musique de la série créée par Kunihiko Ryô (il a bien fait d’arrêter ses études de médecine), vraiment sublime à écouter, que je conseille à tout personne cherchant une bonne OST d’anime (c’est sorti en France sous le label Wasabi : on peut maintenant trouver les 2 OST pour pas trop cher, dépêchez-vous!).
Le design assez particulier des personnages créé par Akihiro Yamada a été respecté dans son ensemble, donnant des personnages très différents les uns des autres et faciles à reconnaître, ce qui facilite la compréhension d’un anime un peu délicat sur le point des titres honorifiques et les mots de vocabulaire spécifiques à l’univers (j’imagine même pas la bouillie que ça aurait donné si les dessinateurs avaient opté pour un design plus passe-partout et peu différencié, il y aurait sans doute eu des morts). La société des 12 royaumes étant féodale, il était nécessaire de conserver tous les titres honorifiques, noms de charge, surnoms, etc des personnages, en plus des noms spécifiques à l’administration (et les autres…). Si on s’y perd facilement dans les romans (d’ailleurs le lexique en fin de volume aide pas mal), les créateurs de la série ont réussi à synthétiser et à rendre le système administratif assez clair pour que le spectateur s’y retrouve.
En bref, une bonne série de romans pour un excellent anime avec une OST qui s’est classée immédiatement parmi mes préférées. J’aime aussi particulièrement cette série grâce à son héroïne qui a su sortir de son carcan de fille japonaise parfaite, s’adapter et devenir une vraie femme de pouvoir qui affronte les problèmes de face et ne se cherche pas de justifications pour éviter les ennuis, mais garde tout de même une part d’humanité. Car quand on a des responsabilités dans le monde des 12 royaumes, on ne larmoie pas. On garde la tête haute et on continue à avancer, sinon l’oubli vous engloutit.
Oh, et puis Rakushun, quoi.
En général, le deuxième jour est celui où on aimerait rester couché à déprimer dans son lit. Parce qu’il est moins bien que le premier, où on ne voit que les bons aspects, parce que justement, c’est le premier jour.
Tout ce blabla inutile pour dire que je voulais faire un article sur l’adaptation au cinéma d’Orgueil et préjugés avec Keira Knightley que j’ai enfin vu hier ; et après une fausse manipulation, un plantage total d’internet explorer (je ne peux pas mettre firefox sur cette machine ç_ç) et une flemme totale, j’ai décidé de ne parler que de l’adaptation de la BBC de 1995, plutôt que du navet dont la critique a déjà été faite ici.
L’adaptation de la BBC, qui est parue sous le nom d’Orgueil et préjugés (et à présent disponible en France en édition 2 DVD simple ou collector) est à mon sens l’une des meilleures adaptations du roman de Jane Austen.
Le casting est très bien choisi, autant pour les premiers rôles que pour les seconds. Il va sans dire que Elisabeth et M. Darcy sont parfaits dans leurs rôles. M. Darcy est joué par Colin Firth, qui tient un personnage fidèle au roman d’origine et ne sombre pas dans le ridicule comme a pu le faire celui du film de Joe Wright. Elisabeth ne m’avait pas plu au début (il faut dire que le personnage est assez difficile à bien jouer), mais l’actrice campe une Elisabeth toute en finesse et en retenue qui est très convaincante.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste : Mme Bennet a tout particulièrement attiré mon attention. L’actrice a fait un effort exceptionnel sur sa voix, à la limite de la voix de fausset, pour donner l’impression d’une femme insupportable dès les premières paroles prononcées (à voir en version originale, bien sûr). Elle peut être mise en tandem avec M. Collins, qui m’a vraiment fait éclater de rire tellement il est conforme à l’original dans le ridicule. Seul défaut, Wickam est vraiment tout à fait quelconque, ce qui est vraiment dommage (il n’est même pas beau :/).
Autre intérêt de l’adaptation : les habits. Les robes des demoiselles Bennet surtout sont un vrai délice pour les yeux tellement elles sont variées et belles. Au demeurant, le costume révèle bien le genre du personnage : moche, voyant et prétentieux pour les soeurs de M. Bingley, prétentieux tout court pour Lady de Bourgh, simple pour M. Bingley, élégant pour M. Darcy, blanc virginal pour miss Darcy… de quoi se régaler les yeux.
Les décors sont des plus quelconques et sont parfois visiblement des décors de studio, mais on les remarque peu tellement la caméra est fixée sur les personnages. C’est aussi là l’une des grandes forces de l’adaptation, qui ne comble pas des vides par des plans sur les décors, comme on peut le voir autre part. Ceux-ci restent aussi toujours à échelle humaine pour donner une impression de vie et d’intimité.
Pour ne citer qu’un exemple, la visite du Pemberley (demeure de M. Darcy) dans la série et dans le film ne donnent pas du tout la même impression : pour la première on s’aperçoit qu’il s’agit d’une demeure familiale qui est certes grande mais reflète bien l’humanité et la gentillesse de M. Darcy. Pour la seconde, on a l’impression de suivre Elisabeth dans la visite d’une des ailes de sculpture antique du musée du Louvre, ce qui montre le mauvais goût de son possesseur et une mégalomanie prétentieuse (le passage de la statue de marbre en pied de Darcy est à mourir de rire).
Il n’y a presque que du bien à dire de cette adaptation, qui se fait quand même assez vieille et dont certains effets sont datés. La série prend son temps pour aboutir à l’heureux dénouement 6 épisodes plus tard, sans pour autant avoir eu l’impression d’assister à un spectacle de mièvrerie et de bons sentiments.
Et oui, c’est bien cette adaptation qui est mentionnée dans le roman Le journal de Bridget Jones, avec Darcy (Colin Firth) qui plonge dans le lac. D’ailleurs il n’a pas beaucoup de muscles, j’ai été déçue. Et Colin Firth est aussi le Darcy avocat, rival du boss de Bridget du film Le journal de Bridget Jones.